Peptides du soi

Immunologie
gaston1
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Peptides du soi

Messagepar gaston1 » 14 janv. 2009, 13:30

Bonjour,
Qu'appelle-t-on exactement peptide du soi ? Est-ce un peptide synthétisé uniquement dans le but d'être présenté avec le CMH ou est-ce un peptide quelconque ?
De même, une cellule cancéreuse qui exprime un peptide du soi modifié, est-ce le peptide synthétisé dans le but d'être présenté et qui alors a une séquence différente, due à une mutation ou est-ce un peptide quelconque dont la séquence est modifiée ?
Merci

Eric ESPINOSA
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Re: Peptides du soi

Messagepar Eric ESPINOSA » 18 janv. 2009, 15:36

Bonjour
Un petit rappel sur la présentation de l'antigène.
Les antigènes (de type protéine) sont reconnus par les lymphocytes T que s'ils leurs sont présentés sous forme d'un peptide enchâssé dans une molécule du CMH (molécules possédant une cavité : la poche à peptide, où se lie le peptide dans la mesure où il présente des résidus capables d'établir des liaisons faibles avec la poche) présente à la surface d'une cellule. Les peptides présentés par le CMH proviennent de la dégradation progressive des protéines par de nombreuses protéases en fragments peptidiques. Les protéines endogènes à la cellule donneront des peptides présentés par les molécules du CMH de classe I (HLA-A, B, C) les protéines exogènes à la cellule donneront des peptides présentés par les molécules de classe II du CMH (HLA-DP, DQ, DR) . Si un de ces fragments possède une séquence capable de se lier à la poche à peptide d'une molécule du CMH, il se lie à la molécule et sera alors présenté. Chaque protéine peut être dégradée en de nombreux peptides (le nombre dépend de sa séquence primaire et des protéases) mais seuls ceux ayant des séquences leur permettant de s'ancrer dans une poche à peptide seront présentés.
Ainsi nos molécules du CMH à la surface des cellules présentent de nombreux peptides (car on exprime plusieurs molécules différentes avec chacune une poche particulière et car chaque poche peut lier plusieurs peptides différents pourvus qu'ils satisfassent aux conditions d'ancrage de la poche). Cette présentation se fait en permanence dans nos cellules en ce qui concerne les peptides présentés par le CMH de classe I. Ces peptides peuvent provenir soit des protéines du soi, ce sont alors des peptides du soi, soit de protéines du non soi dans le cadre d'infections par exemple.
Donc pour répondre plus précisément, un peptide du soi n'est pas synthétisé dans le but d'être présenté : c'est un peptide issu de la dégradation d'une protéine du soi et qui est capable de se lier à la poche à peptide d'une des molécules du CMH pour un individu donné.

Pour une cellule cancéreuse, la présentation des antigènes fonctionne pareillement. Seulement les cellules cancéreuses portent de nombreuses mutations qui aboutissent à des protéines avec des séquences primaires un peu différentes. Ces mutations au niveau des peptides générés par ces protéines changent la séquence de certains peptides qui ne sont lus considérés par le système immunitaire comme du soi. Ces cellules peuvent alors être reconnues par les lymphocytes Tc comme des cellules présentant autre chose que le soi. On connaît ainsi pour chaque type de cancer des antigènes mutés qui sont reconnus par le SI.

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Re: Peptides du soi

Messagepar marie-claude segui » 23 févr. 2009, 20:11

Bonjour,

Pour compléter:

Quand une cellule est infectée par un virus elle exprime un peptide viral (de 10 à 20 acides aminés?) sur une molécule du système HLA (corbeille). Sinon, elle exprime des peptides du soi.

- Ces peptides du soi sont différents pour une même cellule, mais sont-ils différents selon les cellules ou les tissus? (il y a tellement de protéines différentes dans une cellule)

- Si on calcule toutes les possibilités de peptides de 10 acides aminés différents, comment se fait-il qu'il n'y ait pas plus de peptides viraux identiques aux peptides du soi?

Merci pour ces dernières réponses.

Eric ESPINOSA
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Re: Peptides du soi

Messagepar Eric ESPINOSA » 26 févr. 2009, 14:56

Bonjour
Les molécules du CMH-I présentent des peptides de 8 à 10 aa issus de la dégradation des protéines cellulaires par le protéasome. De nombreux peptides peuvent être présentés dans la mesure où ils sont capables de s'ancrer dans la poche à peptide des différentes molécules de classe I exprimées (6 si on considère les 3 gènes principaux HLA-A, HLA-B, HLA-C : 3 codés par le chromosome paternel 3 codés par le chromosome maternel). Le CMH fournit ainsi une représentation moléculaire du soi.
En effet, chaque cellule exprime en plus des protéines communes à toutes les cellules, un jeu de protéine qui lui est propre en fonction du programme de différenciation qu'elle a suivi, donc des peptides générés par le protéasome sont différents selon le type cellulaire et peuvent être présentés. Donc un hépatocyte ne présente pas strictement tous les mêmes peptides qu'un kératinocyte par exemple.
Ceci ne pose pas de problème pour la tolérance au soi car dans le thymus, les cellules présentatrices qui se chargent d'établir la tolérance des LT au soi génèrent des protéines caractéristiques de la plupart des tissus et car il y a des phénomènes de tolérance périphériques locaux.

Pour les virus, il y a statistiquement très peu de chance qu'un virus génère un peptide de 10 aa identique à un peptide du soi (soit bien moins de 1/20puissance10 car il faut aussi les sites enzymatiques de coupure dans la séquence) , même si le nombre de protéines cellulaires est grand. De plus le nombre de protéines virales est très limité : souvent moins d'une dizaine, au mieux une centaine pour les gros virus à ADN.
par contre cela peut arriver (on parle de mimétisme moléculaire) mais il semble que cela ne soit pas fortuit du moins dans certains car reportés,où des protéines virales sont issues de gènes que nous ont jadis subtilisés les virus par exemple.
Ce mimétisme moléculaire pourrait en outre conduire à des maladies auto-immunes.


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