Maladies Auto Immunes

Immunologie
Jean-Marc ROMMEL
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Maladies Auto Immunes

Messagepar Jean-Marc ROMMEL » 08 janv. 2009, 21:51

Bonjour,

Mes questions concernent le problème des maladies auto-immunes.
Les conditions aléatoires de synthèse des récepteurs tant des LB que des LT, font que des lymphocytes portant des récepteurs au soi sont forcément synthétisés.
Aujourd'hui comment explique-t-on la non intervention de ces lymphocytes autoréactifs ? Il me semble avoir lu qu'il y avait 2 théories : 1-inactivation des clones autoréactifs ? 2-destruction de ces mêmes clones ?
Comment explique-t-on alors le développement d'une MAI ? Déficience génétique et donc des molécules intervenant dans les mécanismes de régulation ??? Mais alors pourquoi le plus souvent un réveil aussi tardif de la pathologie ?

Ma 2ème question s'inscrit dans le prolongement de la précédente : parmi les critiques qui ont été faites à l'encontre du vaccin contre l'hépatite B, il me semble avoir entendu dire qu'il était "à l'origine" de cas de sclérose en plaque mais chez des personnes possédant un groupe HLA déterminé. Des analogies moléculaires entre les Ag vaccinants et les Ag des cellules de la gaine de myéline ont été évoqués...? A-t-on progressé dans la compréhension de cette relation supposée et dans la "dé-diabolisation" de ce vaccin ?

Avec mes remerciements pour ce temps que vous acceptez de nous consacrer..
PS : j'ai enfin une réponse à propos du mystère de la mémoire immunitaire...

Eric ESPINOSA
Messages : 82
Enregistré le : 05 janv. 2009, 19:21

Re: Maladies Auto Immunes

Messagepar Eric ESPINOSA » 10 janv. 2009, 12:13

Bonjour,


Q1) Comme vous le précisez les immunorécepteurs (TCR et BCR) sont synthétisés en faisant intervenir le hasard, une partie d’entre eux reconnaît ainsi le soi (lymphocytes autoréactifs).
Plusieurs mécanismes assurent le contrôle de cette autoréactivité. Ils permettent ainsi l’acquisition de la tolérance au soi. On distingue notamment la tolérance centrale et la tolérance périphérique

Les deux théories que vous mentionnez sont exactes et démontrées mais ont lieu plutôt lors de processus différents

La tolérance centrale se fait dans les organes lymphoides primaires (OLP) : moelle osseuse pour les LB et thymus pour les LT. En gros les lymphocytes en cours de maturation qui viennent de synthétiser leur immunorécepteur subissent un processus de sélection négative : ceux qui reconnaissent le soi avec une forte affinité sont éliminés par apoptose, on parle de délétion clonale. (destruction des clones autoréactifs).
On s’est rendu compte cependant que ce filtre n’était pas absolu. De nombreux clones autoréactifs sortent de ces OLP et circulent en périphérie (signifie partout sauf OLP) du fait de :
- la présentation du soi dans les OLP n’est pas exhaustive,
- il y a toujours une limite entre une forte affinité pour le soi et une moyenne affinité, le thymus exporte donc des lymphocytes qui sont « limites » !
Cependant on c’est rendu compte que cette autoréactivité qui existe de fait en périphérie n’est pas le fait de dysfonctionnements mais qu’elle fait partie de l’homéostasie du SI.

De nombreux mécanismes de tolérance périphérique assurent le contrôle de ces clones potentiellement dangereux. Ils sont complexes et font encore l’objet de nombreuses recherches.
Pour n’en citer que quelques uns :
- activation incomplète des autoréactifs (en l’absence de signaux de costimulation par ex, en gros la présentation de l’ag conduit à une modulation du signal qui aboutit non pas à une réponse mais à cet état anergique de non réponse) qui aboutit à leur mort ou à l’induction d’un état de non réponse : l’anergie (inactivation clonale)
- ignorance des Ag du soi par non accès à ces antigènes
- intervention de lymphocytes T régulateurs.

Malgré tous ces mécanismes ces lymphocytes autoréactifs peuvent sous certaines conditions échapper à ces mécanismes de contrôle et générer une réponse immunitaire contre le soi.

Cet échappement au contrôle est le plus souvent le fait de plusieurs facteurs qui s’ajoutent. Ainsi les maladies auto-immunes (MAI) sont d’origine polyfactorielle. Parmi les facteurs induisant cette rupture de tolérance citons :
- le fond génétique (des allèles particuliers de gènes important dans le contrôle de l’activation T comme le CMH, certaines cytokines, facteurs de transcriptions…)
- le mode de vie, l’environnement, substances chimiques
- les infections pour plusieurs raisons : 1)on parle de mimétisme moléculaire : certains micro-organismes ont des antigènes qui ressemblent à certaines de nos molécules : la réponse contre ces pathogènes est aussi dirigée contre le soi (cas du rhumatisme articulaire aigu et streptocoque) ; 2) l’infection peut amener à des détériorations tissulaires qui donnent accès à des antigènes jusqu’alors ignorés ; 3) lors d’une infection, le contexte immunologique favorable à sa la mise en place d’une réponse (cytokines..) peut bénéficier par effet collatéral à des lymphocytes autoréactifs.

La pathologie apparaît alors lorsque cette conjonction de facteurs finit par dépasser les mécanismes de tolérance périphérique. Ceci peut se faire n’importe quand dans la vie avec des apparitions et évolutions bien sûr propres à chaque MAI

Q2) Cette relation entre vaccination contre l’hépatite B et sclérose en plaque fait l’objet de nombreuses controverses à partir d’un débat suite à une campagne de vaccination en France. Je ne suis pas médecin et répondrai avec les données récentes scientifiques obtenues.
Il y a effectivement eu des études contradictoires avec certaines faisant état d’une légère corrélation. Mais il semble que les études sérieuses, avec de nombreux cas bien documentés et des statistiques robustes n’indiquent pas de corrélation nette entre les deux d’un point de vue statistique. Au pire une légère augmentation du risque a été mesurée sans pouvoir la dissocier d’une coïncidence temporelle des deux événements. Compte tenu de ces études l’OMS maintien l’utilité de ce vaccin.
Sinon d’un point de vue mécanisme de cette causalité s'il y en a une, rien n’est clairement compris.


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