vaccination et rappels

Immunologie
gillesa
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vaccination et rappels

Messagepar gillesa » 06 janv. 2009, 08:48

Bonjour
Pouvez vous m'indiquer pourquoi le nombre de rappels et le delais entre chaque rappel varie en fonction du type de vaccination , est-ce à cause de l'abondance des différents antigènes dans le milieu, à cause de spécificité de la mémoire immunitaire ou d'une autre raison.
D'avance merci pour votre réponse
Alain GILLES

Eric ESPINOSA
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Re: vaccination et rappels

Messagepar Eric ESPINOSA » 07 janv. 2009, 19:23

Bonjour, votre question est vaste !
Elle fait écho à la complexité de la réponse immunitaire ou plutôt devrais-je dire des réponses immunitaires. On se rend compte qu’il n’existe pas une réponse immunitaire canonique (que l’on tente pourtant de décrire :smile: ) face aux pathogènes mais une multitude de réponses adaptées à chaque menace, tant les paramètres dus à la fois aux différents pathogènes et aux cellules du système immunitaires impliquées sont nombreux ! Ceci explique en partie des modalités propres à chaque vaccin.
La vaccination est une pratique qui consiste à injecter tout ou partie d’un micro-organisme sous une forme non pathogène de manière à induire une immunité protectrice spécifique chez l’individu. La vaccination fait appel notamment à la génération de lymphocytes mémoires. Ces populations de cellules mémoires générées lors de la vaccination diffèrent selon le type de vaccin ; elles dépendent de nombreux paramètres : nature de l’antigène injecté (micro-organisme vivant atténué, inactivé, antigène purifié…), dose, lieu d’injection, adjuvants présents dans le vaccin, âge du patient notamment.
Ces cellules mémoires ont des durées de vie assez longues dépendant elles aussi de ces paramètres. Cette durée de vie n’est pas simple à mesurer chez l’homme mais on estime qu’elle peut varier de quelques mois à une dizaine d’années (avec des records établis à 40 voire 60 ans notamment pour les lymphocytes B et les plasmocytes mémoire :shock: ). Ainsi la mémoire immunologique se fait « oublieuse » au cours du temps. On constate que chez des individus immunisés contre le tétanos par exemple, le taux d’anticorps antitétanique diminue au cours du temps pour atteindre un seuil en deçà duquel l’individu n’est plus protégé au bout d’une dizaine d’années.
Compte tenu de ces faits des pratiques vaccinales ont été mises en place pour chaque type de vaccin. Les différentes injections visent notamment au départ à générer une réponse suffisamment forte pour donner lieu à une importante mémoire (selon le type de vaccin parfois une suffit (ex varicelle, fièvre jaune) parfois deux ou trois injections répétées sont nécessaires pour obtenir une immunité protectrice ex : diphtérie, tétanos, coqueluche…). Les rappels quelques années plus tard ont pour rôle de restimuler le système immunitaire de manière à régénérer le pool de cellules mémoire et maintenir l’immunité protectrice.

La mémoire générée par le vaccin dépend aussi du type de vaccin. Pour les vaccins vivants atténués, le micro-organisme injecté se multiplie dans l’organisme et mime au mieux le « vrai pathogène ». Il induit la production d’une grande quantité d’antigènes, une bonne réponse immunitaire et la génération d’une robuste mémoire (ex vaccin contre la fièvre jaune ou la varicelle). Au contraire pour les vaccins inactivés ou sous-unité les réponses induites sont en général plus faibles et nécessitent plusieurs injections

J’espère avoir répondu à vos attentes, n’hésitez pas si vous voulez des précisions.

Frederic Labaune
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Re: vaccination et rappels

Messagepar Frederic Labaune » 14 janv. 2009, 18:40

Bonsoir.
Merci pour cette réponse.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur le rôle des adjuvants ?

(certains, à bas d'aluminium il me semble, ont été mis en cause dans le déclenchement de certaines maladies auto-immunes après vaccination - qu'en est-il ?)
Fred SVT inside

Eric ESPINOSA
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Re: vaccination et rappels

Messagepar Eric ESPINOSA » 18 janv. 2009, 23:25

Les adjuvants sont ajoutés aux antigènes lors de l'immunisation pour conférer une meilleure réponse acquise contre les antigènes injectés. On les utilise dans les vaccins pour améliorer la réponse et générer une meilleure immunité protectrice.
Les adjuvants ont été utilisés de manière empirique. On comprend mieux aujourd'hui leur rôle.
Les adjuvants sont de nature diverses mais on distingue deux grandes catégories :
- ceux qui favorisent la biodisponibilité des antigènes au niveau du lieu d'injection: par exemple on utilise des émulsions à base d'huile avec un stabilisant. C'est le cas de l'adjuvant incomplet de Freund (une émulsion d’huile de paraffine contenant comme émulsifiant l’Arlacel A) utilisé au laboratoire. D’autres types d'adjuvants très peu toxiques ont été développés à partir de squalène + émulsifiant
- ceux qui activent l'immunité innée en stimulant ses cellules par leurs récepteurs PRR (famille de récepteurs liant des molécules caractéristiques de pathogènes). C’est le cas d'adjuvants à bases bactéries tuées ou de morceaux de bactéries. Par exemple l'adjuvant classiquement utilisé au laboratoire di complet de Freund combine l'émulsion à des mycobactéries tuées. D’autres adjuvants ont été élaborés toujours dans cette même optique : paroi de mycobactéries comme le BCG, élément de parois bactériennes : muramyl dipeptide...
D’autres adjuvants classiquement utilisés dans les vaccins chez l'homme sont les aluns ou sels d'aluminium. On a récemment découvert qu'ils activaient le SI inné et induisent une réponse TH2 conduisant à une immunité humorale.
Avec cette deuxième catégorie d'adjuvant, on fait croire au SI qu'il y a un danger en activant l'immunité innée (chargée de déceler les dangers dans l'organisme : infection, nécroses...). Or on sait que pour qu'il y ait une bonne réponse acquise, il faut que l'immunité innée soit activée (ainsi si on injecte un antigène moléculaire purifié sans adjuvant la RI contre cet antigène sera médiocre). Ces adjuvants déclenchent une inflammation avec activation des cellules dendritiques notamment indispensables à la génération de la réponse acquise.

En ce qui concerne votre remarque sur les sels d’aluminium, j’ai noté que certains sites sur internet jouent sur des cas isolés ou détournent certaines études faites dans des buts divers mais toujours basés sur des approximations scientifiques ou l’exploitation peu honnête de statistiques épidémiologiques. Il faut donc se méfier.
L’innocuité totale d’un médicament quel qu’il soit n’existe pas :( . Mais aucune étude sérieuse n’a à ce jour corrélé les aluns aux maladies auto-immunes; certains effets secondaires très rare ont été rapportés. Ces aluns sont utilisés depuis longtemps et ont prouvé leur efficacité dans les vaccins. Il est clair qu’avec les connaissances actuelles, on cherche à trouver des adjuvants plus ciblés, dont on peut a priori cerner le rôle dans l’organisme.

Frederic Labaune
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Re: vaccination et rappels

Messagepar Frederic Labaune » 19 janv. 2009, 10:55

Merci beaucoup pour ces éclaircissements.
Fred SVT inside


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