virus de la grippe

Immunologie
marie-claude segui
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virus de la grippe

Messagepar marie-claude segui » 08 févr. 2009, 10:26

Bonjour,

Mon système immunitaire a pris le dessus sur le virus de la grippe! Ouf ça va mieux! ;)

Mais sait-on d'où nous vient ce virus chaque année?
Et comment prévoit-on le vaccin administré avant l'hiver?

Merci pour toutes vos réponses.

Eric ESPINOSA
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Re: virus de la grippe

Messagepar Eric ESPINOSA » 10 févr. 2009, 18:58

Bonjour,
Le virus de la grippe ou virus influenza est un virus à ARN de la famille des orthomyxoviridae qui est représenté par plusieurs genres (A, B et C). Le genre A est capable d’infecter tous les mammifères et oiseaux avec des préférences pour les palmipèdes qui constituent son réservoir naturel, les B et C sont humains. Seuls les genres A et B provoquent la grippe chez l’homme, avec une bien plus forte virulence pour le virus influenza A. Ce dernier est représenté d’ailleurs par plusieurs types nommées en fonctions des protéines de l’enveloppe (la neuraminidase NA et l’hémagglutinine HA) exprimées. On récence quelques 9 NA et 15 HA ce qui donne de nombreuses combinaisons possibles et donc types différents appelés HxNy. Les virus H1N1 et H3N2 sont ceux responsables des épidémies de grippes ces dernières années.
Ces virus circulent dans la population humaine avec des modes de transmission un peu différents selon le climat. Les pays tropicaux constituent une réserve permanente de virus qui évolue et qui se dissémine vers les pays tempérés à la saison froide. Dans les pays tempérés la transmission se fait dans des microgouttelettes ou des aérosols expulsés par les personnes malades par temps froid en hiver.
Le virus de la grippe a une forte capacité à muter, notamment sous la pression de sélection du système immunitaire. Ainsi l’accumulation de mutations ponctuelles dans ses protéines (les antigènes viraux reconnus par notre système immunitaire) lui permettent de faire varier ses antigènes et donc d’échapper à la reconnaissance par les lymphocytes. C’est une ruse très utilisées par les pathogènes, on parle de dérive antigénique. Cette importante dérive pose un problème tant à notre SI qu’à l’utilisation de vaccins. A nos latitudes le virus se propage durant la saison froide et nous connaissons une épidémie de grippe chaque année. Cependant, dans le laps de temps qui sépare deux hivers, le virus a eu le temps d’accumuler des mutations et il nous arrive un peu changé chaque année.
Prenons un exemple théorique, si en 2008 j’ai eu la grippe et que j’ai reconnu sur ce virus disons 14 épitopes différents, j’ai mené 14 réponses immunitaires en parallèle contre ce virus et généré une mémoire contre ces épitopes. Je suis donc immunisé. Cependant si je contracte le virus de la grippe en 2009, je vais pouvoir encore tomber malade pour plusieurs raisons :
- Le virus de la grippe est un des virus les plus redoutables qui soit (plus de 300 000 morts par an dans le monde :shock: ), il provoque une infection aigue, se multiplie très rapidement et occasionne rapidement des dégâts dans un système important : le système respiratoire. D’autre part il favorise de nombreuses infections bactériennes touchant les poumons. Même dans une population immune et l’affection provoquée est d’autant plus grave chez les personnes moins robustes (enfants en bas âge et personnes âgées). D’autre part, dans une population non immune exposée à un nouveau sous-type de virus, influenza cause jusqu’à 30% de mortalité cette fois ci même chez des adulte en parfaite santé (ex de la grippe espagnole de 1918 ou l’homme a été confronté pour la première fois à H1N1).
- Le virus aura un peu changé et parmi mes 14 épitopes reconnus par ma mémoire, 3 auront par ex changé et je n’aurais plus qu’une réponse secondaire et des anticorps préexistants basés sur 11 épitopes reconnus.
- D’autre part, compte tenu des différents virus en circulation, B, H1N1, H3N2 de souches variables il se peut que seuls 5 ou 6 épitopes soient finalement en commun avec le virus que j’ai eu l’an passé. Ainsi, l’immunité mise en place n’est pas aussi massive que celle nécessaire pour éradiquer « dans l’œuf » le virus et des symptômes apparaissent compte tenu de la virulence de ce virus.
Ainsi ces problèmes qui se posent à notre immunité concernent aussi la vaccination. Le vaccin existant aujourd’hui est à base de 3 virus inactivés (H1N1, H2N3, et B) qui induisent essentiellement une immunité humorale à IgG dirigée contre HA et NA, les antigènes qui varient le plus. Ainsi, le vaccin n’est valable que pour un hiver compte tenu de la variabilité du virus. L’élaboration du vaccin est une véritable course contre le virus, puisque le vaccin doit être prêt pour l’hiver et qu’il faut environ 6 mois pour le produire. Les souches les plus récentes susceptibles de nous arriver l’hiver à venir sont sélectionnées au printemps pour établir le vaccin. Elles sont principalement isolées en Australie et en Chine ou sévissent des épidémies.

Ce vaccin ne protège pas totalement, car il n’induit que très peu l’immunité des muqueuses (ici voies respiratoires) basée sur les IgA notamment. Il diminue cependant fortement la gravité de la maladie ce qui est crucial chez les personnes âgées par ex. D’autres vaccins existent ou sont à l’étude, basés sur des virus vivants atténués administrés par spray qui induisent IgG et IgA et qui protègent mieux.


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