Autonomie des élèves en TP...

Biologie cellulaire
marie-claude segui
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Autonomie des élèves en TP...

Messagepar marie-claude segui » 28 sept. 2008, 08:12

Bonjour,

Cette nouvelle question s'adresse plus au pédagogue qu'au scientifique... quoique? ;)
Voilà: la tendance au collège comme au lycée, s'oriente vers la promotion d'un apprentissage de l'autonomie par les élèves en TP...
Les élèves doivent être autonomes dans l'utilisation des différents outils (microscopes, logiciels scientifiques ou généralistes, ExAO...), mais aussi dans la réflexion permettant l'utilisation de ces outils pour aboutir à la résolution d'une problématique...Bref nous devons être de moins en moins directifs, pour laisser le raisonnement de l'élève s'exprimer au maximun... (pourquoi prendre cet outil plutôt qu'un autre...etc)
Plus facile à dire qu'à faire parfois! ;)

Comment voyez-vous cela depuis la fac:
-nos élèves manquent-ils tant que cela d'autonomie?
-cela vous sera-t-il utile? (sachant que cette nouvelle façon de faire est un peu plus couteuse en temps, donc au détriment des connaissances)...
-...

Merci d'avance pour votre réponse.

-YB-
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Re: Autonomie des élèves en TP...

Messagepar -YB- » 30 sept. 2008, 00:49

Bonsoir,

Je ne sais pas si je mérite le titre de pédagogue.... et donc si je suis qualifié pour vous répondre ! ;) En tout cas, cette réponse ne peut être que personnelle. Elle est forcément "biaisée" par la pratique/les observations que je peux avoir/faire au sein de l'université dans laquelle je sévis, qui n'est pas LA fac, et sur des étudiants dont aucun n'est L'étudiant...

Pour les étudiants qui arrivent en L1 (donc pour une sous-population de la classe d'âge qui était en Terminale), le constat local essentiel est une faible capacité de manipulation et un manque de sens pratique par rapport aux outils de base de laboratoire (faire une pesée est un poème...). Dans l'ensemble, ils montrent peu d'autonomie pratique (le choix d'un Becher est un problème cornélien...). Des mécanismes mentaux simples et usuels sont souvent problématiques (le pire : les dilutions !).
Lorsqu'on essaie d'élaborer un protocole avec eux (essentiellement en TD), le manque de réalisme des propositions que peuvent faire les étudiants est flagrant. Rien ne leur semble impossible (cf le célèbre "c'est simple : on prend un gène...", ou le plus moderne "on fait une souris transgénique", ou tous les "y'a ka"). Comme leur connaissance des méthodes est vague et essentiellement théorique, c'est en fait prévisible... et le TP semble l'outil idéal pour remédier à cela !

En fait, au niveau où ces étudiants arrivent, les méthodes de résolution des problèmes biologiques ne sont en général ni simples de réalisation ni évidentes d'interprétation : elles peuvent difficilement se concevoir sans un bagage théorique et pratique qu'en général ils n'ont pas encore. Délicat, dans ces conditions, d'attendre des étudiants la construction autonome de solutions réalistes adaptées.
Compte tenu de ces prémices, peu de TP propices à une réelle autonomie intellectuelle des étudiants sont envisageables : il est donc difficile de tester cette autonomie et de répondre à votre première question... Je crois que l'autonomie d'un étudiant ne s'apprécie vraiment que lors de stages en labo, c'est-à-dire plus tard dans la formation (L3, M1 et surtout M2) ; elle accompagne une maturation scientifique, qui la rend possible.

Il existe toutefois quelques contres-exemples (comme l'enzymologie). On réalise alors des TP en "liberté surveillée" ou plutôt en liberté orientée... compte tenu des coûts induits. Autrement dit, pour être franc, l'autonomie d'un étudiant au cours du TP se réduit au cheminement induit par les réponses de l'enseignant. D'après ce que je peux lire sur le forum, l'élaboration d'un protocole dans le secondaire (en TP ou en classe) utilise le même type de cheminement.
Si cette forme de TP est bien menée, elle est très satisfaisante pour l'étudiant (vive la maïeutique...), ce qui est une bonne chose. Est-ce économique ? certainement pas. Est-ce indispensable ? Dans la mesure où c'est une sorte de leurre par rapport à la réalité de la vie scientifique, je n'en suis pas sûr.

Il me semble que les TP, comme les autres actes d'enseignement, doivent répondre à une motivation pédagogique. Autrement dit, la question qui se pose est : qu'est-ce que je veux faire passer au travers de ces TP.

Un TP peut viser la formation intellectuelle. L'aspect "jeu de piste en autonomie" est séduisant, mais la résolution d'un problème scientifique ne s'imagine en fait pas indépendamment de la connaissance des méthodes pratiques qui permettent cette résolution. Compte tenu de la complexité actuelle de ces méthodes, tout ce qui pourra être proposé en TP ne sera qu'une approximation bien loin de la réalité scientifique. Il me paraît délicat de prétendre faire "faire de la science" de façon autonome sans présenter (voire induire) de fausses représentations (la "méduse d'ADN"...). Cela me semble d'autant plus vrai pour le secondaire : c'est sans doute la limite de mes compétences de pédagogue ;)

Le TP est aussi l'occasion d'acquérir un "savoir-faire". L'une des particularités des formations universitaires par rapport aux formations lycéennes générales est qu'elles se doivent d'être utilisables à court terme en milieu professionnel (labo !). Les TP doivent permettre au moins une initiation à un large éventail de techniques usuelles. Il sont alors orientés vers la bonne réalisation du geste technique. Ceci ne peut pas se faire en autonomie : maîtriser un microtome, une micropipette, un appareil à électrophorèse ou à PCR s'improvise difficilement... d'autant plus que cela a un coût non négligeable !
En fait, cet aspect est essentiel dans toutes les formations, et pas seulement pour les formations de type technique. Les limitations de la recherche sont la plupart du temps des limitations techniques, et il est indispensable de comprendre et de maîtriser les outils pour éviter les délires interprétatifs... ou les projets impossibles. Cela fait partie de la maturation scientifique...


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