Question de races

Frederic Labaune
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Question de races

Messagepar Frederic Labaune » 05 oct. 2015, 11:01

Bonjour.

Un débat d'actualité (cf la phrase de Nadine Morano reprenant une "citation" du Général de Gaulle), récurrent, auquel nous pouvons être confrontés en classe.
L'espèce humaine comporte combien de "races" ?
Comment déconstruire ce qui est profondément ancré dans notre esprit (notre cerveau reptilien qui nous dit de se méfier de ce qui ne nous ressemble pas ?) et qui sonne comme une évidence : oui, un noir n'est pas constitué comme un jaune ou un blanc.
Un ethnologue est parfaitement capable de faire la différence entre un kikuyu, un somali ou un massaï (lien)... même en enlevant la peau (?)
(comme on distingue un caniche d'un doberman)
Le racisme commence quand on parle de races.
Il n'y a pas que les blancs qui jugent les autres races.
Parler d'ethnies est-il une façon déguisée de parler de races ?

Merci pour votre réponse éventuelle et pour votre participation au forum.
Fred SVT inside

Molinatti
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Re: Question de races

Messagepar Molinatti » 08 oct. 2015, 18:17

Bonjour,
Votre question invite plus à un commentaire qu'à une réponse à proprement parler, d'autant que vous dites déjà beaucoup de choses tout à fait pertinentes sur les enjeux d'enseignement impliqués et sur les difficultés des enseignants de SVT confrontés à cette question avec leurs élèves.

Il ne semble pas surprenant que l'existence potentielle de races dans l'espèce humaine soit une question à laquelle les professeurs de sciences de la vie soient régulièrement confrontés puisque justement certains biologistes ont participé, notamment à partir du 19ème siècle, à construire et à légitimer scientifiquement le concept de « races » comme sous groupes humains se différenciant par des caractères phénotypiques permettant de justifier des dominations économiques, politiques, culturelles d'un groupe sur un autre. Il nous semble essentiel lorsque l'on présente ce concept de ne pas dissocier la question des ressemblances/différences de phénotypes entre individus de celle des rapports de domination sociale.

Si des recherches en biologie ont depuis montré que les arguments scientifiques permettant de légitimer l'existence des races dans l'espèce humaine n'étaient pas fondés empiriquement (voir par exemple S.J Gould, La Mal-mesure de l'homme, Paris, O. Jacob, 1997), ce qu'il est nécessaire de rappeler aux élèves, ce n'est pas non plus pour tomber dans un second écueil qui consisterait à affirmer que la biologie démontre que les races humaines n'existent pas. Le concept de races dans l'espèce humaine est une construction sociale et c'est bien sur le plan éthique, et non sur le plan biologique, que le racisme devrait être disqualifié au sens où rien ne justifie la domination sociale d'un groupe humain sur un autre : il s'agit du principe républicain d'égalité des droits qui fonde notre pacte social et éducatif.

Par ailleurs, se saisir avec les élèves de la construction biologique du racisme, la situer historiquement, explorer les différentes dimensions des débats scientifiques qui ont eu cours et de leur répercussions sociales est un bon exemple pour outiller les élèves à penser les relations entre sciences de la vie et société, de manière à pouvoir juger des conséquences sociales de ce qui peut être aujourd'hui avancé comme des déterministes biologiques (sur les différences cérébrales entre hommes et femmes par exemple, sur les déterministes génétiques des orientations sexuelles...).

Pour aller plus loin sur la construction historique, scientifique et sociale, du concept de race nous vous recommandons :
A. Pichot, Aux origines des théories raciales, de la Bible à Darwin, éd. Flammarion, 2008
C. Levi-Strauss, Race et Histoire, Paris, UNESCO, 1952.
F. Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952, rééd., Le Seuil, col. « Points », 2001.

cartierjulien
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Un bel article sur la notion de race

Messagepar cartierjulien » 10 oct. 2015, 09:11

Bonjour à tous,

je profite de la réponse de Grégoire Molinatti dans un post précédent pour signaler la présence en ligne d'un article d'André Pichot rédigé en 1997 en réaction à la publication d'un livre (The Bell curve) qui tentait de légitimer scientifiquement l'inégalité des races, livre qui avait alors reçu un accueil enthousiaste d'un certain Jean-Marie Le Pen.

http://www.larecherche.fr/actualite/aussi/biologistes-races-01-02-1997-85268

Voici deux extraits de ce texte :

"Ce qui est en question dans le racisme, ce n'est pas la diversité des races humaines, c'est l'égalité des droits des individus, quelle que soit leur race. Il ne s'agit donc pas de nier les différences individuelles […] mais de montrer que l'égalité des droits les transcende […] Les Hommes ne sont ni inégaux ni différents, ils sont incomparables. Et c'est parce qu'ils sont incomparables, qu'ils sont égaux, mais d'une égalité qui ne se fonde ni sur la mesure ni sur la comparaison : l'égalité en dignité, et en droits."

Par ailleurs, on peut également programmer une co-intervention avec un professeur de philosophie autour d'un extrait de Race et Histoire de Lévi-Strauss. En effet, sa fameuse expression : "le barbare c'est d'abord l'Homme qui croit à la barbarie" doit se comprendre comme une dénonciation de la subdivision de l'humanité en groupes inégaux (le civilisé vs les barbares). Le barbare refuse la diversité culturelle. Il hiérarchise les peuples ou les individus, et se considère comme supérieur à tout autre, s'arrogeant ainsi le droit de juger l'autre comme appartenant ou non à l'humanité. Or, tout racisme repose sur la hiérarchisation des êtres (groupes) humains : penser que l’autre est moins humain que soi. Le texte de Lévi-Strauss rappelle fort opportunément les dangers de cette attitude, dangers dont témoigne hélas l'histoire récente.

Julien Cartier
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message déplacé -EF-
Modifié en dernier par jjanin le 12 oct. 2015, 08:48, modifié 3 fois.
Raison : Message déplacé dans ce fil car la réponse est complémentaire de celle de Molinatti


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