Le Moho des dorsales

Modérateur : Christian NICOLLET

cooluber-TGarrigues
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Le Moho des dorsales

Messagepar cooluber-TGarrigues » 15 févr. 2014, 23:34

Bonjour,

Je lisais un article sur la géologie du massif de Belledonne, Unité de Chamrousse, quand j'ai été interpellé par une question qui ne semble pas être résolue dans l'article.
Il est question d'argumenter sur l'origine des ophiolites du Chenaillet.

Ce paragraphe attire mon attention:
"Avec une fusion partielle à 15 ou 20% soit la limite supérieure de ce qui est possible actuellement sur Terre, la lherzolite du manteau peut se transformer en harzburgite voire en dunite comme par exemple en Oman. La partie réfractaire reste liée au manteau dont la partie supérieure devient la lithosphère océanique. Le Moho passe entre les deux types de péridotite."

Le Moho peut-il passer dans le manteau? Quid de la définition du Moho?

Finalement on arrive à la question: "Dans un tel contexte, où faire passer le Moho ?"

Merci.
Schooltoujours!

Christian NICOLLET
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Re: Le Moho des dorsales

Messagepar Christian NICOLLET » 17 févr. 2014, 00:01

Sur le web, il y a le meilleur et le pire et il faut faire le tri. C'est bien que les randonneurs géologiques fassent le compte-rendu de leur excursion. C'est pour eux une excellente mise au point. Mais ce compte-rendu n'est souvent utile qu'à eux seuls.
Vous vous êtes rendu compte de quelques erreurs (ou horreurs) qui vous incitent à ne pas prendre pour argent comptant les conclusions de cette page.
Au hasard, en voici une : « En classant les roches en fonction de leur concentration décroissante en silice on trouve le quartz, les roches potassiques, sodiques et calciques, les Cpx, Opx et enfin l’olivine. »

Venons-en à votre question : "Dans un tel contexte, où faire passer le Moho ?" Je suppose que le contexte c'est le Chenaillet. Tout d'abord, inutile d'y aller pour voir le Moho (contrairement à ce qui est annoncé sur ce panneau): le chevauchement de l'ophiolite du Chenaillet s'est fait au dessus du Moho.

Il y a quelques décennies de cela, les géophysiciens ont montré l'existence, sous le plancher océanique, de plusieurs discontinuités à faible profondeur (inf. à 10 km). Celles-ci ont été interprétées comme les limites entre les différents niveaux de la croûte océanique (CO), au dessus du Moho. Les propriétés sismiques des différents niveaux séparés par ces discontinuités étaient compatibles avec la superposition observée dans les ophiolites : sédiments, roches volcaniques, gabbros au dessus du Moho. Le Moho « géophysique » est observé sous les différents océans. Pourtant, on a constaté que la CO sous l'Atlantique ne correspondait pas à cette superposition, puisque le manteau serpentinisé (hydraté par l'hydrosphère) peut constituer le plancher océanique. Dans ce cas, quelle est la signification du « Moho géophysique » qui ne coïncide donc pas avec le classique « Moho pétrologique » (tel que l'on peut le voir en Oman par ex.) : passage des gabbros lités au manteau sous-jacent) ?
Il se trouve que les serpentinites et les gabbros ont des propriétés géophysiques qui ne sont pas très différentes. On en conclut donc que dans les océans tel que l'Atlantique, le Moho représente le « front de serpentinisation », à quelques km sous le plancher océanique. Ce front de serpentinisation est la limite entre le manteau péridotitique et les serpentinites. (voir le front de serpentinisation à Lanzo ?)
Ainsi, dans ce cas, la « CO » au dessus du Moho (c'est à dire au-dessus des péridotites) est constituée de serpentinites contenant quelques poches de gabbros, traversée de rares filons et surmontée parfois de laves en coussin.
Une telle « CO », avec peu de roches magmatiques (gabbros et basaltes), s'explique par une faible production magmatique qui, elle-même, s'explique par une vitesse d'expansion faible.
Pour plus de détails, voir cette page et celle-ci pour comprendre la relation entre vitesse d expansion et production magmatique.


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