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B.Mercat
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Messagepar B.Mercat » 18 déc. 2013, 16:45

Bonjour

Investi de longue date dans l'EDD et sachant que vous y avez été très impliqué, j'aurais beaucoup aimé vous rencontrer pour échanger et avoir votre avis éclairé sur un certain nombre de questions, le forum SVT étant un lieu d'échange, peut-être pourra-t-il en être le vecteur même si ces questionnements y sont pour le coup un peu "hors sujet" dans le cadre initialement imparti au départ .

Le développement durable a maintenant une histoire, vieille de plus de 20 ans, nécessairement évolutive, à travers ses contradictions, ses émergences ( EDD, E3D, agenda 21 territoriaux ... ), ses dérives aussi .
Elle persiste actuellement dans un contexte où les propositions même de développements s'affrontent dans des luttes un peu désespérantes tant les rapports de forces semblent inégaux et faire disparaître, du questionnement de nombreux acteurs, les temps longs du géologue, la recherche d'approches croisées et contradictoires, l'acceptation de la diversité et la reconnaissance même, au bout du compte, de la nécessité d'un changement de paradigme pour réellement intégrer une approche complexe et enrichissante pour tous .

Très concrètement au sein de l'éducation nationale on a actuellement le sentiment d'avoir à la fois, des circulaires au BO riches et porteuses, retraçant bien toute l'énergie, la diversité et la richesse des échanges qu'ont pu y investir toutes les équipes académiques, et une situation dans les établissements où le contexte, les espaces pluridisciplinaires, les priorités académiques et nationales, les programmes et leur synchronisation par niveaux sur le plan pluridisciplinaire, ne sont plus porteurs .

Questions :

L'attribution à l'histoire géographie d'une très grande partie de l'EDD, clairement identifiée, tant au collège qu'au lycée signifie-t-elle qu'en SVT nous devons prendre d'autres directions ?
A-t-on des perspectives de redémarrage de l'EDD ou doit on clairement privilégier d'autres pistes ( éducation à la complexité en pluridisciplinarité, recentrage vers nos apports disciplinaires pour l'élève vers de meilleures pratiques scientifiques en vue d'une connaissance mieux intégrée de soi des autres, du monde et de ses enjeux, les idées ne manquent pas ... ) ?

Les annonces de refondations ne pourraient-elles pas se concrétiser par des échanges, des bilans d'expériences, des débats, une évolution de l'idée même d'EDD vers des perspectives plus opérationnelles pour les élèves, tant sur le plan de nos pratiques pédagogiques que disciplinaires ou codisciplinaires ? Si oui sous quelles formes possibles ?

Vous même, quel bilan et quelles perspectives retirez vous de ces années d'investissement dans l'EDD ?

Espérant pouvoir compter sur l'accueil bienveillant des ces questionnements, conscient de la difficulté d'y répondre sur le forum, je vous remercie pour le travail important que vous menez et avez mené au sein de l'éducation nationale . Respectueusement .

Bruno Mercat - prof SVT Lycée Bellevue Albi - GTA EDD .
Pas d'adresse mail sur le forum. Merci. MCS

Gérard BONHOURE
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Re: EDD

Messagepar Gérard BONHOURE » 27 déc. 2013, 20:29

De L’EDD et des SVT

N’étant plus en exercice, je ne peux évidemment pas parler de l’avenir de l’EDD et de son pilotage au sein de l’éducation nationale. Au plus essayer de vous éclairer le présent à la lumière de l’histoire, en ne parlant bien sûr qu’en mon nom propre.

Tout d’abord, j’adhère assez à votre entrée en matière. Il faut quand même reconnaitre que de tenir un projet sur 10 ans, rythmé sur des tranches de trois ans annoncées dès le départ, acté par des circulaires parues (presque) dans le bon tempo, représente un petit exploit et témoigne de la pérennité et de la continuité d’une volonté de « politique éducative » réelle, et ceci au plus haut niveau. Les différents degrés de la mise en œuvre y sont clairs avec des dominantes dans chaque circulaire : programmes et enseignements, établissement, pilotage. Le dernier texte sur l’E3D s’appuie sur des années d’expériences. « Sur le terrain » comme on dit, les avancées se voient et nombreuses sont les équipes qui se sont engagées, parfois sans le dire ou sans l’expliciter, à des degrés divers mais tous complètement honorables.
A côté de ce bilan positif, les difficultés que vous pointez ne sont pas négligeables car les « structures » n’ont pas assez bougé pour ouvrir les espaces qui permettraient à l’EDD de se développer de façon plus équilibrée, surtout à travers des projets, des actions, articulés à la fois avec les enseignements, la vie de l’établissement et le territoire. Il est clair que la priorité de l’EDD ne se situe pas toujours dans le temps des « urgences usuelles » : il s’agit d’une VRAIE urgence, mais à « effet retard ». C’est à 5 ans, 10 ans ou plus que portent les effets d’une véritable éducation de fond comme celle qui est visée. Les collectivités territoriales l’ont bien compris, qui accompagnent l’EDD mais d’une façon qui, dans ses modalités et ses objectifs, ne peut pas se substituer au travail de l’Ecole. S’engager résolument est une nécessité absolue pour notre institution ; s’agissant de plus d’un formidable outil de réinvestissement au service des fondamentaux, de décloisonnement entre les disciplines, de prise d’autonomie, de fédération donc de pilotage des équipes d’un établissement, d’ouverture de l’école en particulier en termes de réflexion sur l’orientation dans l’enseignement général mais aussi et peut être surtout dans l’enseignement technologique et professionnel… et pour bien d’autres raisons, on a parfois du mal à comprendre pourquoi, à différents niveaux de décision, ce projet n’est pas sur le « dessus de la pile » ! Au Pays-bas, en Grande Bretagne par exemple, la démarche « education for sustainable development » (ESD) est un des critères d’évaluation, en particulier des établissements.

Quant au déficit de synchronisation des programmes, je vous dirai sans plus qu’il n’est pas évident de faire mieux lorsqu’il n’y a pas eu, au préalable, un travail de fond et la construction d’un véritable « chemin de fer » de l’EDD impliquant toutes les disciplines. Les temps ne sont pas encore mûrs pour cela. Mais, gardons le positif : les programmes de plusieurs disciplines ont pris en compte les objectifs de l’EDD, les ont intégrés, jusqu’en biologie où le découpage du programme de lycée avec un thème « Enjeux planétaires contemporains » constitue un geste fort. De fait, la non-synchronisation est un obstacle qu’on peut aussi surmonter : solliciter des compétences acquises de façon diachronique et dans des disciplines différentes au cours d’un projet n’est pas forcément une mauvaise chose.

Pour ce qui est de la place des disciplines, l’EDD n’est la propriété d’aucune : la co-disciplinarité est au cœur même de la démarche. Pour ce qui est de l’affichage, la distorsion vient de ce que « le développement durable » est un objet d’étude de la géographie, mais bien sûr pas des SVT. Par contre, la contribution de la biologie et de la géologie pour éclairer certains termes clés des débats est évidemment irremplaçable : ressources, écologie, risques etc., à différentes échelles d’espace et de temps (dont les temps longs), sur des phénomènes dont les enjeux dépassent le temps du politique pour lequel 5 ans constitue souvent un maximum… éclairage par le passé (évolution, biodiversité etc.). La démarche scientifique telle qu’elle est pratiquée en SVT, avec la place du complexe, de l’incertitude et de l’indétermination (et bien d’autres choses), est également une entrée de fond qui nourrit l’EDD… et réciproquement s’en nourrit. Il n’y a qu’à voir l’approche du risque telle que traitée, presque au quotidien dans les médias, pour constater qu’il y a urgence à éduquer correctement tous les citoyens sur ce point.

Que privilégier ? Je ne peux évidemment que vous donner un regard personnel. A mon avis, ce que vous proposez comme pistes (complexité, enjeux du monde…) convient tout à fait et se pratique « en routine » en SVT. C’est évidemment essentiel. Maintenant, pour certains chapitres, partir d’une problématique EDD, et donc afficher explicitement la contribution d’une science aux débats de société, peut se faire naturellement. Pour revenir à l’agrégation interne (… le sujet de ce forum ?), regardez les sujets des trois dernières années. Pour les deux premières années, l’idée était de susciter la réflexion sur les problématiques à prendre comme point de départ ; au lieu de reléguer EDD et Santé à des sortes de prolongements, les prendre comme problématique initiale, puis comme fil rouge est non seulement possible, mais certainement utile pour motiver les élèves, éveiller leur attention et probablement faciliter leur mise en autonomie et leur participation. La dernière année proposait un peu l’inverse : sur un sujet comme la biodiversité, pourtant un sujet chaud, on peut se centrer sur la science… mais cette assise scientifique construite est nécessaire à la construction de raisonnements solide sur les enjeux de la biodiversité, sa prise en compte, les méthodes susceptibles d’avoir des effets.

On peut rêver de modalités d’enseignement laissant plus de place à ce que vous évoquez ensuite : plus d’échanges, de débats, de temps réservés à des projets de tous ordres (et bien sûr pas seulement d’EDD). Au fil des évolutions, vous saurez saisir les opportunités ! En attendant, il faut « faire avec ce qu’on a », et il y a déjà des possibilités, même si leurs utilisations reposent d’abord sur l’imagination et l’allant des équipes.

Enfin, je vous suggère de consulter le rapport de l’IGEN (public) « Les SVT : une discipline dans l’EDD ». Je pense qu’il fera plus que compléter mes réponses nécessairement courtes. Et peut être sur le site du FOREDD d’Amiens ce que j’ai pu dire en février.

Personnellement, cette construction de l’EDD a constitué l’expérience professionnelle et humaine que j’espérais en quittant mon métier de professeur pour l’inspection. Pour le fond, c’est rechercher à articuler, à donner une unité à toutes ces composantes éclatées que sont souvent les enseignements disciplinaires, la vie de l’établissement avec les professeurs d’un côté et « l’administration » de l’autre, l’école et son territoire, l’élève et le citoyen. Enseigner et éduquer, simultanément, de façon naturelle, sans opposer les deux démarches ! Accepter que chaque discipline apporte sa pierre à l’édifice, avec ses contenus et ses méthodes propres, ses contraintes épistémologiques, sans en masquer la diversité qui est source de richesse… mais dépasser les cloisonnements, voire les incompréhensions ou les hostilités. Ce sont ces dépassements qui m’ont permis, en tant qu’humain, de vivre de vrais moments de bonheur et de partage. L’EDD a toujours été une co-construction, en prise avec ce qui se faisait dans les classes, avec les équipes de professeurs, avec les personnels de direction, les documentalistes et bien d’autres. Co-construction aussi dans le pilotage, avec mon collègue Michel Hagnerelle et ces dernières années Jean-Michel Valantin : SVT et géographie ensemble, inspection général et DGESCO en totale synergie.
Je n’ai pas fait de bilan de ce que j’ai apporté à l’EDD, mais je sais tout ce que l’EDD m’a apporté. En tant que biologiste, vous connaissez l’importance de symbioses et des bénéfices réciproques : c’est tout « l’écosystème éducatif » qui peut ainsi s’enrichir de l’EDD… et réciproquement ! Même si la machine peut sembler longue à mettre en route, je suis intimement persuadé qu’elle avance et que chacun de ceux qui imaginent et agissent participent à ce mouvement.

Merci pour ce que vous faites.

Gérard Bonhoure


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