Des exemples de techniques agro écologiques

marie-claude segui
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Des exemples de techniques agro écologiques

Messagepar marie-claude segui » 17 nov. 2013, 09:48

Bonjour,
Pour poursuivre ici le fil précédent:
Existe-t-il des solutions applicables à grande échelle ?

Pour les questions alimentaires, oui, mais elles s’appliqueront plus ou moins facilement en fonction des régions du monde.
En France, pour les raisons que j’ai évoquées précédemment, le passage massif vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement sera très long.

En revanche, dans des pays où la modernisation de l’agriculture, n’a pas eu lieu, cette modernisation peut se faire selon d’autres voies.

Il existe aujourd’hui de nombreuses techniques qui permettent à des paysans ne pouvant se payer des tracteurs et des produits phytosanitaires d’augmenter néanmoins leur production, on appelle globalement ces techniques « techniques agro écologiques ». Elles utilisent la meilleure connaissance du vivant et du fonctionnement des écosystèmes pour augmenter la biomasse agricole. Si vous le souhaitez, je pourrais vous donner des exemples.


Certains exemples sont anciens et bien connus. Y a-t-il des nouveautés?
ça nous servira pour illustrer un cours. Merci!

Samuel REBULARD
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Re: Des exemples de techniques agro écologiques

Messagepar Samuel REBULARD » 29 nov. 2013, 12:07

Bonjour,
Je rappelle rapidement le principe général de l’agro écologie. Il ne s’agit pas d’un mode de production agricole certifiée ou encadrée par des textes (comme l’agriculture biologique ou l’agriculture raisonnée). L’idée est de considérer qu’un agrosystème est un écosystème particulier dans lesquels les lois de l’écologie s’appliquent. On va donc essayer d’avoir une production agricole élevée en quantité, en limitant voir en supprimant l’usage des intrants chimiques (engrais et produits phytosanitaires, y compris ceux autorisés en agriculture biologique) et en limitant les impacts environnementaux (érosion des sols, gaspillage d’eau, perte de biodiversité naturelle …). Les rôles joués habituellement par les intrants chimiques, le labour intensif … sont alors remplis par des organismes vivants ou de la matière organique.
Pour simplifier, on va agir sur deux grands axes :
- Favoriser les fonctions écologiques complémentaires des espèces (entre espèces sauvages et cultivées ou entre espèces cultivées), ce qui signifie renforcer l'hétérogénéité et la biodiversité à toutes les échelles de l’espace (du champ, du paysage, de la région) et dans le temps.
Rapprocher les flux de matière et d’énergie de ceux présent dans un écosystème naturel (à l’exception de l’exportation de biomasse au moment de la récolte qui est une spécificité et le but même de l’agrosystème)
Dans le cadre de la démarche agro écologique (qui peut être compatible avec tout mode de production agricole : traditionnelle ou moderne, mécanisé ou non, en production végétale ou en élevage, en intensif ou en extensif…), il va y avoir à la fois des techniques anciennes qui vont être remises au goût du jour (rotation des cultures, jachère, implantation des haies, zai) souvent en comprenant mieux leurs avantages agronomiques. Dans d’autres cas, il va s’agir de méthodes modernes issues d’une recherche ou d’expériences contemporaines (attraction-répulsion, semis sous couvert, …).

Voici quelques exemples :

Dans le champ :
- Mélange variétaux
Principe : culture dans le même champ de plusieurs variétés d’une même espèce, ce qui limite la propagation des ravageurs et des maladies.
L’expérience a été faite sur des variétés de riz en Chine. En mélangeant des variétés résistantes et sensibles à un champignon (Magnaporthe grisea). Les atteintes de la variété sensible par le champignon ont diminué de 94 % et le rendement de cette même variété a augmenté de 89 % (par rapport à un témoin en monoculture de la variété sensible).

- Agroforesterie
Principe : culture d’arbres à l’intérieur d’une culture annuelle (céréales par exemple).
Avantages : Les arbres puisent des minéraux en profondeur et apporte de la matière organique aux cultures lorsqu’ils perdent leurs feuilles. Les systèmes racinaires des arbres entre en compétition avec ceux des céréales favorisant une meilleure exploitation du sol et des ressources hydriques. Les arbres abritent des espèces auxiliaires (arachnides et insectes prédateurs d’insectes, oiseau insectivore, rapaces et serpents prédateurs de rongeurs …).
En Afrique (Sahel, Afrique de l’Est… ) un des arbres utilisés est un acacia, une espèce fixatrice d’azote atmosphérique donc elle contribue également à l’apport azoté sous forme organique (par les feuilles qu’elle perd).
Les expériences faites en France par l’équipe de Christian Dupraz, montre des augmentations de rendements de 30 % par rapport à des monocultures.
Voir le site http://www.agroforesterie.fr/" onclick="window.open(this.href);return false; pour plus d’informations ou le livre
Liagre, F., & Dupraz, C. (2008). Agroforesterie: des arbres et des cultures. France Agricole Editions.

- Push pull ou Attraction répulsion
Principe : Une culture de Desmodium (une Fabacée fixatrice d’azote, servant de fourrage aux animaux) est cultivée entre les pieds de maïs. Le Desmodium émet des phéromones qui chassent les insectes ravageurs du maïs hors du champ (répulsion). Autour des champs sont plantés des cultures de Napier, une Poacée tropicale servant de fourrage également, émettant une phéromone d’attraction et dont les feuilles collantes capturent les insectes ravageurs. Par ailleurs, le Desmodium empêche (par son ombre) le développement du Striga, une plante hémi-parasite qui diminue considérablement les rendements de maïs.
Cette technique a été mise au point il y a une quinzaine d’années par des entomologistes au Kenya. Sa grande efficacité fait qu’elle se propage très rapidement en Afrique de l’Est, plusieurs dizaines de milliers de paysans l’ont d’ores et déjà adoptée.

- Zai
C’est une technique traditionnelle au Burkina Faso qui redevient populaire au Sahel. Le fort encroûtement de la surface du sol (zippelé) dans les régions sahéliennes empêche l’infiltration des eaux de pluies (rares et violentes). Le zai consiste à faire un trou dans lequel le paysan dépose de la matière organique. Cette matière organique va attirer des termites qui vont former des galeries verticales et des poches dans lesquels l’eau va pouvoir s’infiltrer et stagner quelque temps. On sème les semences par poignées à la surface de ces trous. Les systèmes racinaires peuvent se développer facilement au sein des galeries de termites et de la matière organique en décomposition. La matière organique en se décomposant lentement fournit également les éléments de minéraux nécessaires.
Cette technique est très efficace mais très coûteuse en temps de travail.

- Semis sous couvert végétal (va de pair avec une réduction des labours)
Principe : Le champ est recouvert par de la matière organique végétale (fraîche ou en décomposition) reproduisant ainsi une litière comme dans les écosystèmes naturels. Grâce à des semoirs spéciaux on sème sous cette couverture végétale.
Avantages : la présence d’une couverture végétale limite l’évaporation de l’eau du sol, limite le ruissellement de l’eau et l’érosion des sols, favorise l’infiltration des eaux de pluie, limitent le développement des adventices (« mauvaises herbes »), apporte de la matière organique à la faune du sol (notamment lombrics qui vont former des galeries favorisant la circulation de l’eau, l’aération du sol et le développement racinaire), abrite des espèces auxiliaires (Carabes et arachnides prédateurs par exemple), fournit un engrais organique (à décomposition lente) aux plantes en développement.
Les effets de ces techniques sur le développement de la faune du sol, et la réduction de l’érosion des sols ont été démontrée dans de nombreuses régions du monde (tempérées ou tropicales). Cette technique est utilisée industriellement dans certaines régions du Brésil.

Autour du champ :
- Eléments semi naturels du paysage (haies, bordures de chemin)
Principe : implanter ou réimplanter des haies, des bordures de champ ou de chemin plus ou moins friches.
Avantages (haies) : Régulation des flux d’eau (limitation du ruissellement et de l’érosion des sols, infiltration de l’eau dans le sol et vers la nappe), protection pour les animaux domestiques (réduction des maladies), hébergement d’espèces auxiliaires (rapaces prédateurs de rongeurs, oiseaux insectivores, insectes prédateurs, arachnides…), limitation des effets des intempéries sur les cultures (protection contre le vent notamment) compensant l’ombre projetée dans le champ (et réduisant partiellement la photosynthèse). Elles peuvent servir de corridors biologiques pour la faune sauvage.

- Les bandes enherbées
Principe : C’est une incitation européenne et du Grenelle de l’environnement. Le long des cours d’eau des poacées sont semés le long de bandes sur lesquelles aucun intrant chimique n’est déposé.
Avantages : Les eaux qui ruissellent dans la pente jusqu’au cours d’eau, elles sont éventuellement chargées en nitrates, phosphates, produits phytosanitaires. Ces eaux passent alors dans le système racinaire des bandes enherbées et sont ainsi dépolluées (notamment par la flore bactérienne de la rhizosphère). Les bandes enherbées comme éléments semi naturels du paysage peuvent servir de corridors biologiques pour la faune sauvage.
Pour une bande enherbée de 18 m de largeur, on a des absorptions de 63 % des phosphates, 91 % des nitrates et 96 % des produits phytosanitaires par rapport aux témoins sans bandes enherbées.

Au niveau de l’exploitation :
- Polyculture élevage :
En diversifiant à l’échelle de l’exploitation ou au sein de quelques exploitations voisines les productions agricoles, on obtient des effets d’hétérogénéité spatiale (limitant la diffusion et la prolifération des ravageurs et des maladies) avec des complémentarités possibles. Les restes de culture de légumineuses servent d’engrais riche en azote pour d’autres cultures, les déjections animales peuvent être utilisées comme engrais organiques, les pailles des céréales à paille fournissent des litières pour les animaux.

- Rotation des cultures :
L’hétérogénéité dans l’espace est complémentaire avec une hétérogénéité dans le temps. Au sein d’une parcelle donnée, une rotation des cultures (sur trois ans minimum) a de nombreux effets bénéfiques : complémentarité nutritionnelle des espèces (elle n’utilise pas les mêmes ressources du sol), enrichissement du sol en azote (s’il y a des légumineuses dans la rotation), les maladies et ravageurs spécialisés ne peuvent s’installer durablement dans la parcelle, la variation des méthodes culturales perturbe cycle de vie des adventices…

Voilà, je reste à votre disposition pour donner des détails complémentaires si besoin.
Bien cordialement,
Samuel Rebulard


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