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Symbiose, mutualisme et compagnie...

Posté : 19 mars 2018, 16:00
par cooluber-TGarrigues
Bonjour Marc-André,

Il y a des jours comme aujourd'hui où mes certitudes les plus coriaces sont parfois malmenées à la faveur de quelques lectures...
La re-découverte de l'importance de toutes ces interactions organismales déplacent les curseurs de la définition de nombreux termes biologiques.

La symbiose en est une qui me pose soucis aujourd'hui.
Pour moi une symbiose implique une relation continue entre les partenaires. les deux individus sont associés pendant un temps plus ou moins long selon que l'association est obligatoire (mutualisme) ou non (phorésie).
J'en étais donc resté à ce que phorésie et mutualisme étaient des degrès différents de symbiose, mais on peut lire que ces deux derniers termes sont soient des synonymes (cf Ramade, écologie fondamentale, Dunod, 4ième ed), soit désignent des interactions à part entière (voir un certain MAS :sarcastic ).
Quand aux définitions des interactions biologiques sur Wikipedia c'est le bazar! (on connait les limites de Wiki, mais aussi l'intérêt d'avoir une réponse rapide).
A priori le commensalisme n'est pas une symbiose, mais on peut lire également qu'il s'apparente à une phorésie, donc à une symbiose!
Finalement, pourquoi pas? Le commensalisme peut être vu comme une symbiose indirecte.
Par exemple, les souris rentrent en compétition avec d'autres commensaux (blattes par exemple) pour les ressources alimentaires, ce qui limite les populations en nombre et en diversité... On est donc plutôt satisfait d'avoir chez nous un bestiaire plutôt diversifié. :D

Et les végétaux ne sont pas en reste.
Les cas de coévolution avec les insectes peuvent-ils être considérés comme des symbioses?
Parce que rapport à ma définition de la symbiose, l'association est stricte et obligatoire (il faudrait vérifier pour le papillon), mais les espèces ne sont pas en interaction continue.
Ce terme de coévolution est souvent galvaudé au lycée (mais je me suis renseigné, c'est la faute aux annales :twisted: . Alors pourquoi les élèves préfèrent se référer à ces bilans parfois plus que douteux plutôt qu'à celui du prof ou au livre "officiel"? Ca c'est une autre question que je tenterais de résoudre un jour... :mrgreen: ).
Ainsi, on peut voir dans les copies que l'abeille établit une symbiose avec la plante entomogame, sauf qu'ici de nombreux insectes
peuvent jouer le même rôle.

Alors finalement, est ce que toutes intéractions à bénéfices mutuels entre deux organismes sont des symbioses?

Merci pour ton engagement sur le forum.

:20:

Re: Symbiose, mutualisme et compagnie...

Posté : 02 avr. 2018, 13:41
par Marc-André SELOSSE
Les définitions ne sont ni vraies ni fausses, au plus pratiques ou pas, répandues ou non – et de nombreux mots sont ambivalents. D’où la nécessité de rappeler toujours la définition qu’on prend !

Oublions d’abord symbiose et posons les relations interspécifiques. Voilà un tableau mis à jour de mon livre :

Partenaire A Partenaire B Type d'interaction :
+ + mutualisme (dont symbiose sens strict)
+ - parasitisme (ou prédation, si mort s’ensuit)
+ 0 commensalisme (ou favorisation au sens strict)
0 - amensalisme
0 0 neutralisme
- - antagonisme (dont surtout la compétition)

Historiquement, c’était défini comme des relations trophiques, d’où le suffixe ‘-mensalisme’, relatif à l’alimentation, mais aujourd’hui et d’un point de vue écologique et évolutif, on inclue n’importe quel service. Les +, - et 0 visent l’effet sur le nombre de descendant (la valeur sélective), insistant donc sur la signification évolutive à terme. Noter qu’on caractérise ainsi une relation entre deux espèces, non pas une espèce elle-même dont le statut varie d’un partenaire à l’autre : les plantes parasites d’autres plantes peuvent être mutualistes de leurs pollinisateurs par exemple. Enfin, pour moi du moins, le degré de dépendance, obligatoire ou facultatif, n’entre dans aucune des définitions, mais il peut être ajouté si on veut caractériser la relation (le bourdon est un mutualiste facultatif de bouton d’or, car il peut vivre sans).

Je sais qu’il existe d’autres approches. Je puis juste attester qu’à mon sens, ces définitions recouvrent le plus de domaines de recherche sans les heurter. Au-delà, symbiose et phorésie sont des relations spatiales entre organismes, indépendantes des catégories ci-dessus qu’elles recoupent sans s’y restreindre.

La symbiose est une relation physique durable (tout ou grande partie du cycle de vie) entre partenaires. Au sens large, fréquent en anglais, c’est valable quels que soient les effets sur les deux individus associés (parasitisme ou même commensalisme, etc.). Au sens strict, commun en français et que je préconise, on restreint aux cas de mutualisme. Dans tous les cas, c’est un sous-ensemble d’un ou plusieurs types d’interaction, quand il y a en plus coexistence. Mille fois hélas, en économie il y a des gens qui commencent à utiliser symbiose en synonyme de mutualisme (symbiose entre deux entreprises, mêmes distantes, si elles s’entraident)…

Phorésie (outre que c’est un détail en biologie), c’est le fait que l’un porte et déplace l’autre ; c’est un concept lié aux cas de mobilité (donc plutôt chez les animaux), souvent réduit aux cas sans effet trophique, et l’épiphytisme ou le parasitisme en sont donc exclus. C’est souvent utile à celui qui est porté, et d’effet variable (+, - ou 0) pour le porteur.

La coévolution, enfin, c’est encore autre chose, c’est la conséquence évolutive qui peut émerger de toutes les catégories ci-dessus (sauf le neutralisme bien sûr). Elle émerge d’autant plus fréquemment que le lien est obligatoire.