Etat des champignons mycorhiziens en France

Symbiose, mycorhize, mycologie, microbiologie, botanique, écologie, évolution
Prothalle
Messages : 6
Enregistré le : 21 mai 2016, 18:51
Lieu de travail ou de résidence : Chine

Etat des champignons mycorhiziens en France

Messagepar Prothalle » 29 nov. 2017, 04:59

Bonjour,

Je m´interroge sur l´impact de l´agriculture intensive sur les populations de champignons mycorhiziens. Existe-t-il des cartes de biodiversité de ces champignons en France ? A-t-on mesuré les effets de la mécanisation et de l´épandage d´engrais de synthèse et de pesticides (fongicides notamment) sur les populations de champignons ?

Merci d´avance pour vos réponses

Marc-André SELOSSE
Messages : 32
Enregistré le : 03 juil. 2012, 12:34

Re: Etat des champignons mycorhiziens en France

Messagepar Marc-André SELOSSE » 23 déc. 2017, 19:36

L'inventaire des champignons est un serpent de mer. Il existe bien une liste rouge nationale basée sur la rareté des fructifications, c'est-à-dire sur les parties visibles, les appareils sporifères, que nous récoltons par exemple en automne. Toutefois, le lien entre une rareté des fructifications et celle des mycéliums n'est pas établi, car des espèces peuvent être communes sans former beaucoup de fructifications. D'autre part, beaucoup d'espèces ne forment tout simplement pas de fructifications et produisent leurs spores de façon discrète, invisible.
Venons-en aux mycorhiziens, et d'abord ceux qui poussent sous les essences forestières et forment des ectomycorhizes. Il y a bien eu, dans les années 90, quelques comparaisons entre des relevés d'alors et des relevés du siècle dernier qui ont suggéré une raréfaction, notamment aux Pays-Bas. Ce n'est pas certain dans le cas général. Une crainte actuelle est que les dépôts d'azote lié à l'activité anthropique (qui constituent une pollution diffuse majeure, notamment aux Pays-Bas) ne mette en péril les espèces de sols pauvres (une eutrophisation équivalente à celle qui, du côté végétal, remplace les végétations de sols oligotrophes par une végétation banale, par exemple sur les dunes littorales). Il est déjà acquis que la gestion forestière a fait disparaître des espèces de forêts très âgées, notamment liées à des stades tardifs d'écroulement du couvert forestier. Mais on manque de chiffres certains.
Quant aux espèces qui font des mycorhizes sur les herbacées, les endomycorhizes: ces champignons-là, les Gloméromycètes (à sporulation souterraine), sont affectés d'une part par certains pesticides (en particulier, le glyphosate réduit la viabilité des spores dans le sol) et d'autre part par la pratique de la fertilisation, car la plante ne s'associe plus avec le champignon quand le sol est riche (donc, plus de source de carbone). Il est clair que les champignons endomycorhiziens sont moins abondants dans les sols de l'agriculture conventionnelle. Mais des espèces ont-elle disparues ? Si les premiers relevés de diversité avaient suggéré une réduction du nombre d'espèces, les techniques modernes, plus sensibles, montre une image plus nuancées. Pas sûr qu'il y ait des différences, notamment avec une agriculture biologique.
Bref je ne sais que dire quant à cette question dans l'état actuel des connaissances. Mon intuition est que des espèces ont réellement disparu, sans doute il y a relativement longtemps, au début des pratiques forestières et agricoles modernes. Du coup le retour à l'agriculture biologique ne les ressuscite pas. Mais on est loin d'un chiffrage de la perte de biodiversité, et d'en savoir l'ampleur sur le plan fonctionnel pour les écosystèmes.


Retourner vers « MA. SELOSSE (2013 et 2017) »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité