Adaptations

Symbiose, mycorhize, mycologie, microbiologie, botanique, écologie, évolution
Frederic Labaune
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Adaptations

Messagepar Frederic Labaune » 01 déc. 2012, 20:38

Hello Marc.

Les nouveaux programmes de TS ont réintroduit le végétal... on aurait pu en faire quelque chose de chouette, mais non, on est obligé de faire ça en trois semaines...
Passons...
Dans une des pistes d'étude, il est dit que l'on peut (que l'on doit ?) parler des adaptations des végétaux aux changements climatiques voire aux conditions extrêmes.
Nous avons tous l'exemple de l'Oyat en tête (aaahhh, les cryptes pilifères).
Si on veut diversifier, connaitrais-tu des trucs sympas à observer, à découper, pas trop difficile à interpréter ?

Autrement, je viens de faire une "photo" dans une tranche de "feuille" d'ananas.

Image

Je ne sais plus trop à quoi peut correspondre cet hypoderme à base de cellules transparentes.
As-tu une idée ?

Merci pour tes réponses éventuelles et pour tous tes posts éclairants dans ce forum.
Fred SVT inside

Marc-André SELOSSE
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Re: Adaptations

Messagepar Marc-André SELOSSE » 13 déc. 2012, 01:41

Déjà, une remarque : je n’aime pas trop ’conditions extrêmes’ car pour ceux qui y vivent, eh bien !, c’est leur niche, voilà tout, et nos ‘conditions pas extrêmes’ ne leur feraient sans doute pas plaisir. De plus, je ne suis pas sûr que l’adaptation aux changements climatiques soit entièrement liée au concept de plante de « milieu extrême », on peut imaginer une évolution des plantes déjà en place…

Dans les adaptations à des conditions de sécheresse, pensez à la feuille d’eucalyptus ou de spartine sur le littoral ; pensez à l’adaptation à l’eau (et toutes ces lacunes qui apparaissent par apoptose et permettent la circulation de l’oxygène vers les racines depuis les pétioles et les rhizomes) ; pensez aussi aux plantes grasses et à leur tissus aquifères. Mais attention, une cuticule épaisse n’est pas toujours liée à la sécheresse : les conifères d’altitude, bien arrosés, comme l’épicéa ou le sapin, en ont une ! C’est le plus souvent lié à un évitement des petits phytophages, ce qui est souvent sélectionné en milieu pauvre (sols lessivés d’altitude dans le cas précédent) ou en milieu sec. Dans tous ces cas, il est en effet difficile de « repousser » pour remplacer la matière prélevée et il vaut mieux éviter les herbivores. La même analyse s’applique aux épines, trop souvent abusivement restreintes à une adaptation à la sécheresse : certes, elles limitent la surface d’évaporation, mais comme elles ne sont pas vertes, le plus souvent, on se dit que la plante aurait bien mieux fait de ne pas en avoir du tout pour réduire sa surface… Et du reste, comment expliquer les épines des conifères d’altitude, bien arrosés comme nous le disions ? Là encore, éviter les herbivores dans les milieux où la production primaire est difficile semble une explication plus pertinente.

Quant à ton image – elle va nous parler « d’extrême ». Les broméliacées auxquelles appartient l’Ananas ont des adaptations à recueillir l’eau atmosphérique, qui les adaptent aux milieux secs et/ou à forte nébulosité. D’ailleurs beaucoup sont épiphytes (une niche où l’absence de sol peut créer des manques d’eau temporaires) : la quintessence de cela est le genre épiphyte Tillandsia, où se trouve la fameuse « mousse » espagnole ou barbe la mousse espagnole ;). Bref, comment recueillir l’eau atmosphérique ? Avec des cellules mortes, dont reste la paroi purement cellulosique, très affine pour l’eau qui va s’y condenser. Ces cellules peuvent former un tissu périphérique massif, ou vélamen, que l’on voit bien à la partie supérieure de ton image (voir image jointe 1). On connaît plus souvent le vélamen des racines aériennes d’orchidées épiphytes, parfois cultivée en pot dans nos maisons qui ont un aspect argenté en surface. Plus typique des broméliacées, les poils cellulosiques dits pelletés : ces poils en forme de parapluie faiblement érigés (ou de petite punaise) sont visibles sur la surface en bas de ta coupe. J’en vois un magnifique au milieu de la photo (voir image jointe 2). Ils captent aussi l’humidité atmosphérique.

Enfin, on voit une belle structure de plante en C4, avec une couronne de cellule autour des vaisseaux, la gaine périvasculaire (voir image jointe 3). Et cela aussi est une adaptation à la sécheresse : grâce à la forte affinité de la PEPcase, qui réalise la fixation du CO2 chez les plantes en C4, celles-ci peuvent fonctionner tous stomates fermés, en limitant donc leurs pertes en eau. Tu as donc coupé une plante montrant des adaptations à la sécheresse et répondant à ta question (même si les milieux de culture de l'ananas ne sont pas si secs). Et, encore une fois, en une très belle image, merci Fred !

Je finis par un brin de pub pour un très bel ouvrage dont les textes sont excellents et recollent à notre propos : « Stratégies végétales, petits arrangements et grandes manœuvres » - un livre richement illustré pour découvrir les stratagèmes que les plantes ont développé, pour se disséminer, germer, être pollinisées, pour croître, résister aux contraintes des habitats, s'adapter aux milieux et aux conditions naturelles. (http://ventes.euziere.info/product_info.php?products_id=132&osCsid=e868828d9e8c1a5d87cbfbfca584cdf4 ;))

1-Image

2-Image

3-Image

Frederic Labaune
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Re: Adaptations

Messagepar Frederic Labaune » 13 déc. 2012, 09:08

Hello

Un grand merci pour toutes ces explications et ces précisions.
Je regrette vraiment que l'on soit obligé de traiter si rapidement cette partie.
Tant de choses intéressantes.

Pour les images, je pense pouvoir faire bien mieux - on verra si j'achète un ananas pendant les vacances.

Nous avons discuté dans une autre partie du forum sur les "trichomes" (je suppose que ce sont les poils pelletés que tu as repris en image 1)
Voilà ce que j'en ai fait

Image
(épiscopie au 10x - stacking mais lumière plus m... que d'habitude... à refaire)

Image
(coupe dans l'épaisseur, en essayant de n'avoir que les cellules de l'hypoderme et de l'épiderme - stacking d'images prise en contraste de phase interférentiel - à refaire...)

Image
(empreinte au vernis - stack + DIC - au 10x)

Image
(empreinte au vernis - stack + DIC + 40x)

Je pense qu'en face inférieure, il y a le même genre de chose, mais en tellement grand nombre que c'est le b...
On verra en coupe fine (en espérant trouver aussi des stomates)


Si ça peut servir...
Fred SVT inside


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