Coévolution plante-animal

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alice
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Coévolution plante-animal

Messagepar alice » 05 sept. 2012, 11:20

Bonjour,
Dans le nouveau programme de TS, nous devons montrer une coévolution entre la plante fixée et un ou des animaux qui facilitent la dispersion des graines ou du pollen.
Existe-t-il des exemples démonstratifs dans nos régions?
Merci

Marc-André SELOSSE
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Re: Coévolution plante-animal

Messagepar Marc-André SELOSSE » 11 sept. 2012, 10:38

Chère Alice,

Des exemples, il en existe... autant que de fleurs et de fruits anémochores ! En effet, dès que le pollen ou les graines sont disséminés par des animaux, on retrouve le cocktail suivant :

1 - des signaux attracteurs : odeurs (d’une fleur ou d’un fruit), signaux visuels (couleur des pièces florales ou voisines, marques sur les pétales qui permettent de localiser le nectar…). Ces signaux ne sont attracteurs que parce que les animaux visés associent ce signal au point 2, de façon innée (coévolution) ou acquise par apprentissage. Par exemple, votre attrait pour la couleur rouge et les fruits rouges résulte d’une longue coévolution entre les animaux (primates surtout) et les plantes portant ses fruits : plus les fruits étaient rouges, mieux ils étaient détectés ; plus les animaux voyaient bien le rouge, mieux ils se nourrissaient. Notez que beaucoup de fleurs renvoient les UV, que voient beaucoup d’insectes qui eux ont coévolués dans ce canal.

2 – une « récompense » (c’est le nom technique !) consommée par l’animal : souvent du sucre (chair du fruit, nectar), parfois du pollen (pensez aux abeilles : une partie du pollen peut être utilisé, ceci explique que de nombreuses fleurs aient beaucoup d’étamines). L’animal s’en nourrit plus ou moins exclusivement.

3 – la structure à disséminer : pollen ou graine. La graine est souvent dans une partie du fruit indurée, ou dans une enveloppe propre dure, elle sera rejetée dès la bouche : pensez aux noyaux de pêche, ou dans les fèces, comme les graines de tomates ou de mûres qui germent dans les boues de stations d’épuration. Elle est parfois toxique (noyaux des rosacées, graine de l’if….) ce qui sélectionne, de façon innée ou acquise, un évitement de la part de l’animal.

Remarquez que comme le sucre n’a pas d’odeur (trop soluble pour se volatiliser), le signal est indépendant de la récompense. Ceci induit donc que certaines plantes affichent les signaux sans récompense (fleurs sans nectar, donc moins coûteuses pour la plante, comme chez de nombreuses orchidées) : cette stratégie « tricheuse » (c’est encore le nom technique !) a ses limites, car beaucoup d’insectes apprennent à éviter ces fleurs – tout comme vous avez appris à ignorer les fruits insipides.

De même, la récompense est souvent indépendante de la structure à disséminer (sauf quand l’insecte mange du pollen : là on est sur qu’il en emporte, ce qui explique que les pollinisateurs pollinivores existent malgré leur coût !), il peut aussi « tricher » en prélevant le pollen sans la récompense (quand vous crachez les noyaux de cerise sous l’arbre, vous trichez car vous n’avez pas disséminé les graines !). Les fleurs ont coévolué avec les insectes des moyens de les contraindre à coopérer : l’étamine à bascule de la sauge pollinise l’insecte qui va chercher du nectar ; les corolles et les calices soudés en tube au fond duquel se trouve le nectar obligent l’insecte à passer par-devant, là où se trouvent étamines et pistil : cela évite qu’il ne se glisse entre les pièces florale (mécanisme plus général, les sépales alternent avec les pétales et font obstacle aux insectes indélicats) ; sur des fleurs comme celles des hibiscus, le seul moyen de se poser est de s’agripper à la colonne centrale où se trouvent étamines et pistil. Une coévolution s’engage parfois entre le tube de la fleur et les pièces buccales des insectes : plus le premier est profond, plus l’insecte insiste, farfouille et donc, prélève ou dépose du pollen ; en écho, cela sélectionne des pièces buccales plus longues et le cycle continue (voir sur internet les prédictions de Darwin sur la pollinisation des orchidées du genre Angraecum).

Je vous propose de vous procurer « Stratégies végétales : petits arrangements et grandes manœuvres » pour plus d’exemples précis :
http://ventes.euziere.info/product_info.php?products_id=132&osCsid=6404115076c93c871c1da3d8fb36edcb.

Il y a aussi un compte-rendu de sortie qui peut être utile, c’est le pdf numéro 74 du site où je mets en ligne mes travaux :
http://www.cefe.cnrs.fr/interaction-biotiques/articles-grand-public

J’espère que c’est clair, il vous faut maintenant inspecter les fleurs disponibles en cherchant les aspects fonctionnels ci-dessus, trop souvent ignorés par l’analyse florale !


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