Religion et évolution dans le passé

Histoire des sciences
marie-claude segui
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Religion et évolution dans le passé

Messagepar marie-claude segui » 02 oct. 2011, 16:31

Bonjour,

On sait actuellement quelles sont les relations conflictuelles qui peuvent exister entre une certaine vision de la religion et l'évolution des espèces...

Mais à l'époque des premiers balbutiements de la science sur ce sujet, du temps de Cuvier, Lamarck et Darwin, n'était-il pas plus difficile de s'opposer aux idées religieuse sur la "création" que de trouver des hypothèses sur les mécanismes de l'évolution...?

N'a-t-il pas fallu un sacré courage pour publier sur ce sujet...?

Merci pour vos réponses

Laurent LOISON
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Re: Religion et évolution

Messagepar Laurent LOISON » 05 oct. 2011, 12:21

Bonjour,

La question des rapports entre science et religion, dans le monde occidental, demande de distinguer plusieurs moments historiques. La périodisation qui suit est très grossière, mais elle permet de fixer les idées :
- durant le Moyen Age, la distinction science/religion n'existe pas, les universités - comme la Sorbonne - développent une connaissance essentiellement livresque, qui est une sorte de synthèse entre les écrits d'Aristote (importés des Arabes) et les écrits bibliques. Cette forme de connaissance est appelée scolastique.
- il est admis que vers 1600 se produit un évènement sans précédent dans l'histoire, qualifié de "révolution scientifique". Cette révolution remet en question les anciennes formes de la connaissance (modèle géocentrique de Ptolémée, modèle physiologique de Galien, etc.), et surtout, les méthodes d'obtention des savoirs : c'est le début de l'observation quantitative et de l'expérimentation. La grande figure de ce moment est évidemment Galilée. Du même coup, les savoirs produits n'ont plus de raison d'être en accord avec les écrits bibliques. Le système copernicien revendiqué par Galilée est en contradiction avec la scolastique aristotélicienne. L'Inquisition aboutit au raidissement des positions de l'Eglise romaine, ce qui conduit Galilée au procès pour hérésie, et à la rétractation forcée. Pendant environ 150 ans (1550-1700), la production d'un savoir scientifique hérétique pourra conduire à la mort du scientifique (le cas le plus connu est celui de Giordano Bruno).
- au XVIIIe siècle, la censure religieuse demeure, mais le scientifique ne risque plus sa vie. Il peut être conduit à modifier certains textes jugés trop aventureux. Buffon, par exemple, a dû plusieurs fois revoir certains passages de l'Histoire naturelle.
- au XIXe siècle, si certains textes feront évidemment polémique, l'Eglise n'a plus le pouvoir de les modifier. Le scientifique est donc en théorie totalement libre de ses publications, même si la pression dans certains milieux reste importante.

Lamarck, qui écrit sur l'évolution des espèces à une époque charnière (tout début du XIXe siècle) se sent encore obligé d'introduire ici ou là dans ses textes (notamment dans son ouvrage le plus célèbre, La Philosophie zoologique (1809)) des références au "créateur". Il s'agit là de références rhétoriques et politiques, afin de prévenir tout problème. Dans le système évolutif lamarckien, Dieu est totalement inutile, et Lamarck ne sera jamais inquiété sur ces questions. C'est exactement la même remarque que le physicien Laplace fera à Napoléon (très croyant) : "Dieu est une hypothèse dont je n'ai pas besoin". Néanmoins, les sciences du vivant mettront plus de temps que les sciences de la matière à gommer toute référence à dieu, notamment car la finalité semble évidente chez les êtres vivants. Le principe de sélection naturelle de Darwin offrait enfin aux biologistes les moyens de leur autonomie (vis à vis des sciences de la matière ET de la religion). Sur le problème de l'apparente finalité dans le monde vivant, on lira sans retenue : Jacques Monod, Le Hasard et la Nécessité, 1970.

Avant Lamarck, au milieu du XVIIIe siècle, certains auteurs ont publié des textes faisant allusion à une possible transformation du monde vivant. La censure était encore forte, et pouvait les conduire en prison. Ce fut le cas notamment de Denis Diderot.

Bonne journée,
Laurent Loison.


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