caractère ancestral et caractère nouveau en 3ème

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solariane
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caractère ancestral et caractère nouveau en 3ème

Messagepar solariane » 03 déc. 2010, 11:50

Bonjour
et merci pour votre réponse à ma question précédente, j'y vois un peu plus clair.

En 3ème, le programme dit qu'une espèce qui apparait à des caractères nouveaux par rapport à une espèce antérieure dont elle est issue et des caractères ancestraux, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que l'état primitif ou dérivé d'un même caractère.
Est-ce que cela pose des problèmes pour l'enseignement ultérieur de TS ?

Merci d'avance de votre réponse.

Corinne FORTIN
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Enregistré le : 17 juin 2010, 15:52

Re: caractère ancestral et caractère nouveau en 3ème

Messagepar Corinne FORTIN » 05 déc. 2010, 23:30

La question des "innovations" c’est-à-dire la présence d’un nouveau caractère est effectivement à distinguer du cas d’une "version" primitive ou dérivé d’un caractère déjà existant.
L’"apparition" de nouveaux caractères suppose de comparer un "avant" et un "après", c’est-à-dire la présence d’un caractère à partir de l’instant t par rapport à l’absence de celui-ci avant l’instant t.

Par exemple, avant 380 MA, il n’y avait pas de "doigts" parmi les espèces à vertèbres Certaines "poissons" avaient des nageoires qui présentaient déjà des appendices de membres, mais sans la présence des doigts. La formation des doigts est donc une innovation évolutive : il y a un "avant" et un "après 380 MA.
Pour autant, les doigts ne sont pas une création ex nihilo. Des études comparatives menées sur le poisson zèbre et sur la souris ont montré que des gènes homéotiques communs aux deux espèces étaient impliqués. Mais une activation topologique différence d’un des gènes Hox dans le bourgeon de membres de vertébrés se traduit par une modification du développement embryonnaire, en particulier, au niveau du repli du bourgeon :
- un repli rapide conduit à la formation d’une nageoire rayonnée chez le poisson zèbre
- l’absence de repli (ou un repli plus tardif) conduit à la formation des doigts chez la souris
Certains chercheurs pensent qu’il s’agit, là, d’un cas hétérochronie.

Du point de vue didactique, le problème est le risque pour l’élève de confondre état dérivé d’un caractère et innovation. L’état dérivé est une modification d’un caractère déjà présent ; alors que l’innovation est le passage de ce qui n’existait pas à ce qui existe maintenant, c’est-à-dire "l’apparition" d’un nouveau caractère.
En terminale S, cela n’est pas si problématique, car il est toujours possible de s’appuyer sur les innovations génétiques (mutations et production de nouveaux gènes à partir de gènes existants) pour expliquer les innovations morpho-anatomiques et fonctionnelles. En ce sens, la phrase du BO "Une espèce nouvelle présente une organisation commune et aussi des caractères nouveaux par rapport à une espèce antérieure dont elle serait issue." souligne que c’est bien parce qu’il existe une organisation biologique commune chez les êtres vivants qu’il possible de produire de nouvelles structures biologiques caractéristiques de la nouveauté évolutive.

En revanche, si l’innovation n’est pas expliquée comme le résultat d’une transformation de ce qui existait déjà chez d’autres espèces, l’élève peut penser que l’apparition d’un nouveau caractère résulte d’une force créatrice ou vitaliste, et finaliste. Celle-ci produirait alors un nouveau caractère pour satisfaire de nouveaux besoins. Par exemple, lors de la sortie des eaux, les poissons avaient besoin de pattes avec des doigts pour se déplacer sur le sol. Ce raisonnement est un réel obstacle à compréhension de l’histoire évolutive, car il peut renforcer chez l’élève l’idée qu’il n’y a pas nécessairement un support biologique préexistant pour produire de nouveaux caractères. Ce faisant, l’idée du vivant, comme une construction historique issue d’un long processus de spéciation est alors, dans ce cas, niée et l’histoire du vivant est abolie.
Je reprendrais, ici, volontiers la phrase de François Jacob dans "le jeu des possibles" quand il dit que "l’évolution biologique est ainsi fondée sur la réutilisation constante du vieux pour faire du neuf", et que "les êtres vivants sont en fait des structures historiques".
C’est cette relation du passé au présent qui est au centre de l’évolution comme histoire du vivant.
Que se soit,
- le passage de l’état primitif à l’état dérivé d’un même caractère, ou
- l’innovation avec la transformation du "vieux" en du "neuf"
il s’agit dans tous les cas, d’un processus historique de transformations par spéciations inscrit dans le temps. Mais dans le cas des innovations, la transformation est radicale, et souvent soudaine, car elle correspond à un remaniement de l’existant qui se manifeste chez de nouvelles espèces.

Bien cordialement
Corinne Fortin
Jacob. F (1981). Le jeu des possibles : essai sur la diversité du vivant.
Fayard


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