ADN et fossiles

Géologie - évolution
marie-claude segui
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ADN et fossiles

Messagepar marie-claude segui » 05 oct. 2010, 07:38

Bonjour,

Il y a en ce moment une remise en question de la barrière génétique entre les néanderthaliens et les sapiens, alors ma question sort sans doute un peu du cadre de la biodiversité, mais en l'élargissant à tous les fossiles:

Est-il facile de trouver de l'ADN dans les fossiles?
Dans quelle partie fossilisée le trouve-t-on surtout?
Jusqu'à quel âge peut-on ainsi remonter?
Quelle est alors la fiabilité? (conservation, contamination...)

Merci beaucoup

Gilles ESCARGUEL
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Re: ADN et fossiles

Messagepar Gilles ESCARGUEL » 05 oct. 2010, 22:10

marie-claude segui a écrit :Bonjour,

Est-il facile de trouver de l'ADN dans les fossiles?
Dans quelle partie fossilisée le trouve-t-on surtout?
Jusqu'à quel âge peut-on ainsi remonter?
Quelle est alors la fiabilité? (conservation, contamination...)



Effectivement on sort un peu du thème général, mais la question est passionnante !

L'ADN fossile est un objet rarrissime, car la molécule est extrêmement fragile : il faut des conditions de préservation très spéciales pour pouvoir en retrouver... A ma connaissance, c'est dans les os et les dents qu'on a le plus de chance d'en retrouver. En l'état actuel des techniques, on peut ainsi remonter jusqu'à ~50.000 ans (hommes fossiles, ours, mammouth), guère plus. C'est déjà beaucoup, mais à l'échelle de l'évolution du vivant, et même du seul phanérozoïque (550 millions d'années !), ce n'est rien. Au delà de cette limite, tout ce qui a été obtenu pour l'instant a finalement été jugé douteux, voire démontré contaminé. On a un temps pensé qu'on pourrait sortir de l'ADN de fossiles conservés dans de l'ambre. et comme on connait des ambres fossilifères très anciens (~200 millions d'années), cela semblait prometteur. En fait, l'ambre est un milieu acide ne conservant pas du tout l'ADN. C'est ainsi qu'un fragment d'ADN d'un dinosaure du Crétacé supérieur (un tyrannosaure si mes souvenirs sont bons) s'est finalement révélé phylogénétiquement plus proche d'Homo sapiens que d'un oiseau ! La contamination humaine est évidente.

Il faut bien voir que dans la quasi-totalité des cas, ce qui est obtenu avec de l'ADN ancien sont des séquences de quelques dizaines à centaines de paires de bases au maximum, qui sont ensuite mises bout-à-bout petit-à-petit jusqu'à reconstruire, lorsque c'est possible, des séquences plus longues. Un travail de bénédictin, entouré de précautions opératoires dantesques pour éviter au maximum les pollutions diverses, depuis le prélèvement sur le site jusqu'à l'analyse dans des salles blanches en labo...

Pour ce que ce sujet intéresse, je recommande vivement la lecture de l'excellent livre de Ludovic Orlando : "L'anti-Jurassic Park : Faire parler l'ADN fossile" (Editions BELIN-Pour la Science, 2005).

Gilles.


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